mardi 1 mai 2007

Deux Mondes


Depuis que je suis établi en campagne il n’y a pas un jour où je ne constate pas une différence avec la vie dans les grands centres.
Prenez les gens par exemple, connaissez-vous le nom de votre épicier, de votre garagiste, du facteur, des commis du magasin général, de la caisse populaire, du dépanneur, du centre vidéo ou même de vos voisins. Et bien dans un petit patelin comme le mien, tout le monde se connaît. Une autre particularité des gens d’ici c’est qu’il ne sont pas méfiants de nature contrairement aux grandes villes.
À ma première année de production de sirop d’érable j’ai ouvert des comptes chez plusieurs fournisseurs d’équipements d’érablières tous dans des villages voisins plus ou moins éloignés et j'ai commandé des milliers de dollars en marchandises. Me croiriez-vous si je vous disais que je n’ai jamais rien signé pour ouvrir ces comptes, qu’on ne m’a pas demandé aucun renseignement de crédit, qu’on m’a expédié ma marchandise (bien sûr j’ai signé les bons de réceptions) et que j’ai payé les factures sur réception par la poste.
Même la caisse populaire où j’ai contracté un emprunt hypothécaire me permet d’effectuer un seul paiement par année qui coïncide avec la vente de ma récolte de sirop. Essayez de convaincre votre gérant de banque que vous voulez effectuer un seul paiement annuel pour votre hypothèque si vous demeurez dans un grande ville.
Une autre caractéristique des gens d’ici, la cordialité.
Je vous raconte une anecdote.
« Dans les premières années que je suis arrivé ici j’ai récolté un magnifique chevreuil à l’automne. Comme je ne savais pas où aller je l’ai amené à l’épicerie. Là, le boucher m’a dit qu’il ne pouvait pas le prendre avec la peau, que je devais d’abord en quelque sorte le déshabiller. Je me suis donc installé dans le stationnement de l’épicerie où j’avais stationné mon camion et j’ai « pleumé » mon chevreuil avec un couteau que le boucher m’avait prêté. Et les clients? Il y avait attroupement, ils venaient tous me voir, me féliciter, jaser en peu avec moi, me montrer le pouce et non le majeur. Pendant que je besognais, l’un d’eux m’a fait remarquer que de la vapeur sortait du capot de mon camion.
Après avoir entré la carcasse du chevreuil au frigo je me suis rendu directement chez le concessionnaire situé à deux pas de là. Sans rendez-vous bien entendu. C’était juste avant les heures de fermeture. Ils ont examiné le problème et convenue que le radiateur coulait. Là aussi il y a eu attroupement, la tête ainsi que la peau et les pattes du chevreuil étaient toujours dans la boîte du camion et puisque le panache était énorme, même le proprio est venu me féliciter et on a jasé de chasse. Bon, maintenant je suis à pied car impossible d’avoir les pièces du radiateur avant le lendemain. Et bien on m’a prêté une voiture de courtoisie sans que je n’ais, encore là rien à signer, tous simplement en me demandant de la ramener avec un peu d’essence pour que le prochain client puisse se rendre au moins jusqu’à la station d’essence. J’ai demandé, et les restes du chevreuil? Ne vous inquiétez de rien, on s’en occupe qu’on me répond. »
Vous imaginez si cela s’était produit à Montréal. Un, on m’aurait lapidé sur place pour le chevreuil. Deux, le concessionnaire m’aurait probablement dit, revenez demain car on ferme dans cinq minutes. Trois, je n’aurais pas eu de voiture de courtoisie sans l’avoir réservée à l’avance. Et quatre, même si on m’avait prêté une voiture (car souvent on les loue) ce ne serait qu’après avoir signé une tonne de papier, montré une tonne de cartes d’identités, laissé mon numéro de carte de crédit, et sous la menace de surcharges atroces si je ne la ramène pas pleine d’essence.
La campagne et la ville! Vraiment deux mondes.
Et la dessus, je peux vous dire que je n’ai jamais regretté de m’être établie ici.

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