Quand j’ai écrit mon billet précédent sur le « Loups-Barbinnes », un autre merveilleux souvenir d’enfance a refait surface.
J’ai 4 ou 5 ans. Toute la famille passe l’été au chalet de mon grand-père au Lac Des Commissaires (Lac St-Jean). Presque tous les jours, mon grand père quitte le chalet avec un seau pour aller chercher de l’eau potable car il n’y a ni eau courante ni électricité à ce chalet. Il se dirige vers la forêt en suivant un petit sentier qui traverse les dunes de sable qui sont recouvertes d’une mince couche de végétation. Parfois, il amène deux seaux et nous, les enfants, on sait qu’il va y avoir un moment magique et on veut toujours l’accompagner mais mon grand-père ne nous laisse jamais pénétrer dans la forêt avec lui. « Les ours » nous dit-il. Il y en a trop et c’est trop dangereux. On doit donc l’attendre dans le sentier à l’orée du bois.
Quand il ressort de la forêt il y a de l’eau dans un des seaux et dans l’autre, de la liqueur aux fraises. C’était magique. Cette liqueur provenait du lac à liqueur qui est caché en forêt là ou il y a beaucoup d’ours évidemment. Mais quels moments merveilleux! Nous les enfants, on y croyaient tous à ce lac magique.
Un jour, ma sœur et moi avons décidé de partir à l’aventure avec un seau pour trouver ce lac à liqueur. Mon grand-père, nous voyant emprunter le sentier avec le seau, est parti en courant en contournant les dunes et s’est embusqué dans les broussailles à l’orée du bois. Quand nous sommes arrivé assez près, il s’est mis à faire des rugissements et à brasser les branches.
Je n’ai pas besoin de vous dire que nous avons pris nos jambes à nos cous et avons couru jusqu’au chalet en criant. Tous le monde était mort de rire sauf moi et ma sœur, on était mort de peur. Le pire c’est que nous étions convaincus que nous les avions vu ces ours tellement on avait été effrayé...
Mon grand-père, vous l’aurez deviné, était un joueur de tours et un conteur d’histoires. Il est mort quelques années plus tard d’un pleurésie mal soignée. Peut-être était-ce le cancer des poumons mais le mot « cancer » n’existait dans ces années-là.
Il faisait de la magie une réalité pour ses petits enfants et j’en suis resté imprégné toute ma vie.
C’est un des derniers souvenirs que j’ai de cet homme et je veux lui rendre hommage aujourd’hui.
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